Avant-propos

Lors de la séance de clôture du colloque « Les évolutions du français contemporain », organisé à Lyon par la DGLFLF en octobre 2011, le linguiste et lexicographe Alain Rey soulignait fort justement que les personnes qui « travaillent de manière obligatoire dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle sont immanquablement infériorisées, non seulement dans l’expression mais dans le contenu même de leur pensée ». Il affirmait de plus que « ce sur quoi on pourrait agir, c’est la place du français dans l’entreprise ».

Ce corpus de bonnes pratiques linguistiques dans les entreprises a été conçu de manière que les acteurs d’une entreprise puissent s’y référer, les mettre en œuvre, ou en demander la mise en œuvre. Il cherche à présenter ce que pourrait être une gestion explicite de l’ensemble des questions de langues, ce qui peut être défini comme une politique linguistique d’entreprise. L’option prise pour son élaboration a été de le fonder sur une analyse de faits sociaux et de définir des objectifs linguistiques les mieux adaptés à différentes situations de la vie d’une entreprise. Cet objectif se traduit par une double exigence : celle de compétitivité économique et celle de cohésion sociale. Adopter de bons principes de gestion constitue l’un des meilleurs moyens pour faire face aux exigences de compétitivité économique des entreprises. Par ailleurs, les questions de langues influencent souvent de manière considérable les conditions de travail et la cohésion sociale au sein des organisations. Ces deux exigences, qui sont nécessaires au bon fonctionnement de l’entreprise, sont souvent opposées, ainsi que le montrent plusieurs conflits qui ont dû être résolus par des recours devant des tribunaux. De ce fait, il convenait de concevoir ce corpus en se référant à des exemples concrets, des recommandations qui rapprochent les exigences et qui s’inscrivent donc dans une perspective de dialogue social.

Nous espérons que les bonnes pratiques présentées dans le cadre de ce projet ainsi que les moyens de les mettre en œuvre, disponibles dans le microsite Web complétant ces travaux (www.francaisautravail.org), inciteront les entreprises à adopter une approche proactive pour concilier les défis linguistiques dans le respect des droits des travailleurs et des consommateurs. Outil de gestion pour les dirigeants, ce guide doit aussi être vu comme un document de référence pour les représentants des salariés. Nous espérons de plus que vous y trouverez des pistes de réflexion et des solutions au « tout anglais ».

Enfin, les deux parties souhaitent remercier ici le professeur Claude Truchot de l’Université de Strasbourg, conseiller scientifique du projet, ainsi que les conseillers en francisation de l’Office.

Elles désirent également souligner l’importante contribution de Mme

Jacques Beauchemin
Président-directeur général p. i. de l’Office québécois de la langue française

Xavier North
Délégué général à la langue française et aux langues de France