Pourquoi un recueil des bonnes pratiques?

Le contexte international dans lequel de nombreuses entreprises françaises et québécoises s’insèrent de plus en plus profondément depuis une vingtaine d’années a fait surgir avec plus d’acuité le problème des langues dans les entreprises. En effet, de nombreuses entreprises sont dorénavant confrontées à des modes internationaux d’organisation du travail, au titre desquels on peut citer les relations entre sièges sociaux et filiales et aussi entre filiales, l’utilisation d’outils communs à plusieurs implantations (logiciels et systèmes de gestion, équipes de travail multisites, etc.), la circulation de l’information entre ces implantations ainsi que la circulation des personnes, notamment l’affectation en France comme au Québec de cadres ne connaissant pas le français, etc. Ainsi, les questions de langues se posent tant dans le fonctionnement interne des entreprises qu’au moment de vendre leurs produits et services. Ce processus d’internationalisation, conjugué à l’influence considérable des capitaux étrangers, concerne essentiellement trois principaux types d’entreprises : les grandes entreprises d’origine française ou québécoise, les entreprises étrangères implantées en France ou au Québec, et enfin, les PME exportatrices et importatrices.

La nécessité de communiquer au sein d’un même groupe implanté dans différentes régions du monde, mais aussi la communication en contexte international et le souci de réaliser des économies conduisent fréquemment les entreprises à privilégier l’usage d’une langue unique. En dépit de la Charte de la langue française et de l’accompagnement des conseillères et des conseillers en francisation, plusieurs études, corroborées par des observations en entreprise, ont montré au Québec comme en France qu’en l’absence de directives claires émanant de la haute direction, les entreprises ont tendance à traiter de manière empirique les questions linguistiques.

Cette approche a conduit certaines entreprises à imposer, consciemment ou non, l’anglais comme langue de travail à un nombre croissant de salariés et pour un nombre accru d’activités : d’abord pour la communication entre les directions locales et les sièges sociaux internationaux, puis pour les tâches exécutées en usine. Les problèmes posés par ce recours à une langue unique conduisent à rechercher par la suite d’autres solutions linguistiques qu’il aurait été préférable et moins coûteux d’envisager dès la mise en œuvre du processus.

Par rapport au problème linguistique et bien avant la mondialisation telle qu’on la connaît, le Québec et la France ont réagi en adoptant une loi destinée à promouvoir et à préserver l’utilisation du français sur leur territoire respectif. Même si les deux cadres juridiques ne se recoupent pas, de nombreux échanges avec les entreprises et les travailleurs par l’entremise des syndicats, de part et d’autre de l’Atlantique, ont corroboré le constat que les entreprises font face à des enjeux linguistiques similaires à bien des égards. La mise en application de la Charte de la langue française au Québec et de la loi du 4 août 1994 en France est d’ailleurs à l’origine d’un certain nombre de bonnes pratiques contenues dans le guide « Bonnes pratiques linguistiques dans les entreprises ».

Si beaucoup d’entreprises ont su développer des façons intéressantes et souvent originales de traiter les questions linguistiques, plus rares sont celles qui ont élaboré une stratégie globale permettant de gérer les questions de langues de manière cohérente, équitable et durable en répondant aux défis posés par la mondialisation et la libéralisation des marchés.